08.12.2025
Temps de lecture : 6 min

Le Japon fait face à une crise de la démence – Les technologies innovantes peuvent-elles offrir des solutions ?

Japan is facing a dementia crisis – can technology help?

Au Japon, la problématique de la démence a atteint des proportions alarmantes, avec plus de 18 000 personnes âgées diagnostiquées cherchant à quitter leur domicile et se retrouvant portées disparues l’année dernière. Tragiquement, près de 500 d’entre elles ont été retrouvées décédées.

Les forces de l’ordre signalent que la fréquence de ces incidents a doublé depuis 2012, soulignant ainsi un problème pressant pour la nation.

Actuellement, les individus âgés de 65 ans et plus représentent presque 30 % de la population japonaise, faisant de ce pays le deuxième taux démographique au monde, juste derrière Monaco, selon les données de la Banque mondiale.

Défis de la main-d’œuvre et réponses politiques

Cette crise est aggravée par un recul de la population active et des réglementations strictes qui limitent l’arrivée de travailleurs étrangers dans le secteur des soins.

Le gouvernement japonais a reconnu la démence comme un enjeu politique majeur, avec des estimations du ministère de la Santé indiquant que les dépenses liées à la prise en charge de la démence pourraient atteindre 14 trillions de yens (environ 90 milliards de dollars) d’ici 2030, une augmentation significative par rapport aux neuf trillions de yens prévus pour 2025.

En réponse à ces défis, le gouvernement a récemment annoncé un changement stratégique en faveur de l’utilisation de la technologie pour alléger la charge sur le système de santé.

Solutions technologiques innovantes

Dans plusieurs régions, les communautés adoptent de plus en plus la technologie GPS pour surveiller les personnes susceptibles de s’égarer.

Dans certaines zones, les résidents peuvent obtenir des dispositifs GPS portables qui alertent les autorités dès qu’une personne s’aventure au-delà d’une zone prédéfinie.

Dans certaines villes, les employés des supérettes reçoivent des alertes immédiates, agissant comme un mécanisme de sécurité communautaire capable d’aider à retrouver des personnes disparues en quelques heures.

Détection précoce et robotique

D’autres technologies émergentes se concentrent sur l’identification précoce des symptômes de la démence.

Le système aiGait de Fujitsu utilise l’intelligence artificielle pour analyser les schémas de marche et la posture, détectant des signes précoces tels que des pas traînants ou des difficultés à se lever; ce système produit des représentations squelettiques pour que les professionnels de la santé puissent les examiner lors des évaluations de routine.

« Identifier les maladies liées à l’âge dès le début est essentiel », déclare Hidenori Fujiwara, porte-parole de Fujitsu. « Grâce aux données de capture de mouvement, les praticiens médicaux peuvent intervenir plus tôt et aider les personnes à maintenir leur niveau d’activité plus longtemps. »

« Identifier les maladies liées à l’âge dès le début est essentiel », déclare Hidenori Fujiwara, porte-parole de Fujitsu. « Grâce aux données de capture de mouvement, les praticiens médicaux peuvent intervenir plus tôt et aider les personnes à maintenir leur niveau d’activité plus longtemps. »

Parallèlement, des chercheurs de l’Université Waseda travaillent sur AIREC, un robot humanoïde pesant 150 kg, imaginé comme un futur soignant.

Ce robot est capable d’assister les individus dans des tâches telles que mettre des chaussettes, cuisiner des œufs brouillés et plier du linge. L’équipe de l’Université Waseda espère qu’AIREC pourra un jour réaliser des tâches plus complexes comme changer des couches et prévenir les escarres.

Des robots similaires sont déjà en service dans des maisons de retraite, où ils divertissent les résidents avec de la musique et les guident à travers des exercices d’étirement simples.

De plus, ces robots surveillent les patients la nuit en étant placés sous les matelas pour suivre les schémas de sommeil et la santé globale, réduisant ainsi la nécessité pour les soignants humains d’effectuer des rondes nocturnes.

La connexion humaine demeure essentielle

Malgré les avancées de la robotique humanoïde, le professeur adjoint Tamon Miyake souligne qu’il faudra au moins cinq ans supplémentaires pour atteindre le niveau de précision et de réactivité nécessaire à une interaction sécurisée avec les humains.

« Cela nécessite une détection complète et une compréhension adaptative — s’ajustant aux besoins et aux circonstances individuels », explique-t-il.

« Cela nécessite une détection complète et une compréhension adaptative — s’ajustant aux besoins et aux circonstances individuels », explique-t-il.

En outre, le soutien émotionnel est un aspect clé de cette initiative d’innovation technologique.

Poketomo, un robot compact de 12 cm, a été conçu pour être portable, se glissant facilement dans les sacs ou les poches. Il rappelle aux utilisateurs de prendre leurs médicaments, fournit des mises à jour météo en temps réel, et offre de la compagnie aux personnes vivant seules, ce que ses développeurs affirment aider à atténuer les sentiments d’isolement social.

« Notre objectif est de répondre aux défis sociaux et d’exploiter les nouvelles technologies pour fournir des solutions », déclare Miho Kagei, responsable du développement chez Sharp.

« Notre objectif est de répondre aux défis sociaux et d’exploiter les nouvelles technologies pour fournir des solutions », déclare Miho Kagei, responsable du développement chez Sharp.

Bien que ces dispositifs et robots ouvrent de nouvelles voies d’assistance, l’importance de l’interaction humaine ne saurait être sous-estimée.

« Les robots devraient agir comme des compléments, plutôt que comme des remplacements pour les soignants humains », affirme M. Miyake de l’Université Waseda. « Bien qu’ils puissent assumer certaines responsabilités, leur fonction principale devrait être d’assister à la fois les soignants et les patients. »

« Les robots devraient agir comme des compléments, plutôt que comme des remplacements pour les soignants humains », affirme M. Miyake de l’Université Waseda. « Bien qu’ils puissent assumer certaines responsabilités, leur fonction principale devrait être d’assister à la fois les soignants et les patients. »

Une expérience unique au café

À Sengawa, Tokyo, le Restaurant des Commandes Erronées, fondé par Akiko Kanna, invite les clients à être servis par des personnes vivant avec la démence.

Motivée par la lutte de son père contre la maladie, Mme Kanna a imaginé un espace où les individus pourraient rester engagés et ressentir un sens de leur valeur.

Toshio Morita, serveur au café, utilise des fleurs pour se souvenir de quelle table a passé quelle commande.

Malgré ses défis cognitifs, M. Morita apprécie les interactions sociales que lui offre son emploi. Pour sa femme, le café constitue une pause bien méritée tout en le gardant actif.

Le café de Kanna illustre la nécessité d’initiatives sociales et de soutien communautaire. Bien que la technologie puisse fournir des outils et alléger des charges, c’est la véritable connexion humaine qui nourrit réellement ceux qui vivent avec la démence.

« Pour être honnête, je voulais juste gagner un peu d’argent de poche. J’aime rencontrer toutes sortes de gens », confie M. Morita. « Chacun est unique—c’est ce qui rend l’expérience agréable. »

« Pour être honnête, je voulais juste gagner un peu d’argent de poche. J’aime rencontrer toutes sortes de gens », confie M. Morita. « Chacun est unique—c’est ce qui rend l’expérience agréable. »

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